Le gouvernement vient de publier le décret de la 3ème Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE3). Pour le monde rural, déjà saturé et à bout de nerfs, ce texte sonne comme une véritable déclaration de guerre. Loin d’apaiser les tensions, Paris choisit le passage en force, ignorant le mépris affiché pour la démocratie locale et la biodiversité.
La messe est dite, du moins le croient-ils à Paris. Le décret PPE3 fixe le cap énergétique de la France pour la prochaine décennie, et sans surprise, il entérine une accélération massive de l’éolien terrestre. L’objectif affiché est d’atteindre 35 à 40 GW d’ici 2035. Traduction concrète pour nos territoires : il va falloir quasiment doubler le nombre de mâts existants.

Pour les associations de défense de l’environnement et les collectifs de riverains, ce décret est la provocation de trop.
Un déni de démocratie et un mépris des territoires
Comment qualifier autrement un texte de 368 pages qui scelle le destin de nos paysages sans aucune base démocratique solide ? Les consultations publiques ont été balayées, les avis des conseils municipaux sont de plus en plus ignorés par des préfets mis sous pression par l’exécutif.
En voulant imposer cette cadence infernale, le gouvernement agit en « hors-sol ». Il refuse de voir la saturation visuelle et acoustique qui empoisonne déjà la vie de milliers de Français. Ce décret n’est pas un plan énergétique, c’est une brochure publicitaire pour les promoteurs industriels, leur offrant sur un plateau d’argent le droit de miter nos plus belles zones rurales.
L’incohérence énergétique et le mirage financier
Le plus rageant dans cette affaire reste l’absurdité économique du projet. Alors que la relance du nucléaire est officiellement actée comme la colonne vertébrale de notre souveraineté énergétique, pourquoi s’obstiner à subventionner à coups de milliards une énergie intermittente et aléatoire ?
Le coût caché de cette folie est vertigineux : plus de 100 milliards d’euros seront nécessaires, selon les estimations, pour adapter les réseaux électriques (Enedis et RTE) à ces machines dispersées. Qui va payer la facture salée de ce raccordement pharaonique ? Le contribuable français, directement sur sa facture d’électricité. C’est un double châtiment : on défigure son cadre de vie et on lui fait payer la destruction.
La résistance s’organise : la bataille juridique commence
Face à ce mépris d’État, la résignation n’est pas une option. La publication de ce décret ouvre paradoxalement un nouveau front : celui de la justice. Des associations bretonnes et nationales ont déjà annoncé le dépôt de recours pour excès de pouvoir devant le Conseil d’État.
Elles s’appuient sur l’incompatibilité de ce déploiement massif avec les lois de protection de la biodiversité. La récente victoire contre le projet géant de Rochereau III dans la Vienne a prouvé que la justice peut faire barrage aux projets industriels lorsqu’ils menacent des espèces protégées.
Le décret PPE3 n’est pas une fatalité. C’est le point de départ d’une mobilisation générale. Nous ne laisserons pas nos campagnes devenir les variables d’ajustement d’une politique énergétique incohérente et imposée. La bataille pour la défense de nos territoires ne fait que commencer.