Vivons-nous la fin de l’abondance ou… la fin de l’impunité pour des politiques énergétiques absurdes ?

1) Le président Emmanuel Macron a déclaré que la période était celle de « la fin de l’abondance » des ressources. Concernant la question énergétique, est-ce véritablement le cas ?
Philippe Charlez :
Le président essaie surtout de préparer les Français à un hiver potentiellement difficile. Si tel est le cas, il pourra dire qu’il aura prévenu, si tel n’est pas le cas il pourra dire qu’il a géré correctement la crise.
Loïk Le Floch-Prigent :
J’avoue ne pas bien comprendre le Président de la République qui a l’air de donner son aval à ceux qui estiment arrivée la fin du monde et qui demande aux humains de faire pénitence en acceptant la décroissance. Restons donc sur le sujet de l’énergie où la réalité est tout au contraire de maintenir la disponibilité d’une énergie abondante et bon marché capable de satisfaire les besoins d’une population toujours croissante. Tous nos efforts scientifiques, techniques et industriels se portent sur la nécessité de mobiliser toujours plus d’énergie en multipliant les sources, en améliorant les rendements et, bien entendu en évitant les gaspillages. Si le propos vise à sensibiliser la population française sur ce dernier point, il mériterait d’être précisé, car il est toujours bon de dire qu’il faut économiser les biens de la nature et les utiliser correctement.
La situation européenne de ces derniers mois a été créée par des erreurs d’investissements, des anathèmes émotionnels à l’égard des énergies fossiles, une confiance aveugle dans des énergies intermittentes encore hors de prix et un ostracisme inexplicable en ce qui concerne le moteur thermique.

2) Dans quelles mesures nos décisions de politique d’approvisionnement énergétique (aussi bien en termes géopolitiques que de mix des sources d’énergie) créent-elles nos difficultés actuellement ? 
Philippe Charlez : Le monde en général, l’Europe en particulier, ont fait deux erreurs graves. Ils ont d’une part oublié que le mix énergétique mondial était toujours composé de 82 % d’énergies fossiles et que ce chiffre restait désespérément constant. D’autre part, ils ont choisi d’investir massivement dans les énergies renouvelables (solaires et éoliens) : plus de 5000 milliards de dollars au cours des 15 dernières années. Or ces énergies sont intermittentes. Pour pallier les intermittences, elles ont besoin d’un « ami pilotable ». Il y en a trois possibles : le charbon, le nucléaire ou le gaz. Comme on essaye par tous les moyens d’éliminer le charbon, car c’est le plus émetteur de CO2 et que de nombreux pays ne veulent plus du nucléaire (on a investi quelques dizaines de milliards dans le nucléaire ces dernières années, depuis 2000 il n’y a pratiquement plus eu de construction de nouveaux réacteurs à travers le monde) il ne reste le gaz. Le poids croissant des renouvelables a donc été un booster mécanique de la demande gazière pour fabriquer l’électricité.
Loïk Le Floch-Prigent : Ce sont bien nos décisions qui conduisent aujourd’hui à nos difficultés. La crise Russo-Ukrainienne n’est pas la cause de nos malheurs, cela n’en est que le révélateur. Le renchérissement des prix de l’énergie a pris de l’ampleur depuis deux ans, et pas les derniers six mois ! Les investissements dans les énergies intermittentes (solaire et éolien) présentées comme des solutions se sont avérés très couteux et les retards pris dans les programmes nucléaires ont été préjudiciables à l’efficacité globale de l’écosystème énergétique européen, d’autant que la production hydraulique, renouvelable mais pilotable était attaquée également par les idéologues opposés à l’utilisation de l’eau qui coule ! La politique énergétique a été dans les mains de l’écologie politique en Allemagne, en France, en Belgique …et à la Commission Européenne et cela débouche sur une catastrophe dont le fameux programme pour l’électricité en France (PPE) ou la directive pour arrêter la production de véhicules à moteur thermique dès 2035 alors qu’il est évident que c’est vers une cohabitation véhicule électrique/véhicule thermique que le monde va continuer à se développer.

3) Quelles ont été les principales erreurs commises par la France ?
Philippe Charlez : La France a fait moins d’erreurs que l’Allemagne. Cela étant, la France a investi depuis 2002 150 milliards d’euros dans les énergies renouvelables et pratiquement rien dans le nucléaire. Avec cet argent on aurait pu renouveler complètement notre parc nucléaire qui a été insuffisamment entretenu.
Loïk Le Floch-Prigent : La France s’est redressée en 1945 puis en 1958 en faisant confiance à ses industriels. Dès que les politiciens ont voulu imposer des choix, la catastrophe était prévisible. Les hommes de science, les techniciens, les industriels ont été oubliés depuis une trentaine d’années, les ingénieurs sont rarement arrivés aux postes de commandement et la politique énergétique a été laissée aux idéologues en général incompétents. Au bout de 25  ans, nous sommes aux bords du gouffre, mais nous avons de beaux restes et nous pouvons redresser la barre, mais ce n’est pas en disant que la solution ce sont les éoliennes en mer que nous allons avancer ! Les énergies intermittentes ne sont pas celles qui vont résoudre nos problèmes, elles sont le problème !

4) La période et les difficultés actuelles pourraient-elles marquer à la fin de l’impunité pour les erreurs politiques énergétiques ? Que faudrait-il pour cela ?
Philippe Charlez : Il faut reconnaître à Emmanuel Macron d’avoir fait son mea culpa dans son discours de Belfort le 13 février 2022 en proposant une stratégie opposée à celle qu’il avait défendue durant son premier quinquennat : abandon des 50 % de nucléaire, grand carénage et construction de 14 nouveaux EPR. Même si cela venait un peu tard, reconnaissons-lui au moins une certaine lucidité quant à la gravité de la situation.
Quant aux écologistes français et leurs alliés de la NUPES, ils veulent le tout renouvelable et sont opposés à la fois au charbon, au gaz et au nucléaire. Pour l’instant, le vent c’est 20 % du temps et le soleil 12 %. Aux Français de choisir s’ils veulent de l’électricité entre un jour sur cinq et un jour sur dix !
Loïk Le Floch-Prigent : Je ne demande pas la punition, je demande la lucidité et l’écoute des scientifiques, techniciens et industriels du secteur énergétique.

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